同人 Tóng Rén
La Communauté avec les hommes
同人 Tóng Rén : accord, concorde, réunion et solidarité entre les hommes.
Le Ciel est au-dessus du Feu. La lumière rend les relations visibles et invite à dépasser les frontières d’un groupe étroit pour rencontrer les autres.
La vraie communauté naît lorsque la force et le discernement se mettent au service d’un but partagé.
Le Jugement 卦辭
Étude des caractères
- 同人 tóng rén : S’accorder avec les hommes, être en communauté, partager une orientation.
- 于野 yú yě : Dans la campagne, en terrain ouvert ; au-delà des liens étroits du foyer ou du clan.
- 亨 hēng : Essor, communication ou réussite favorable.
- 利涉大川 lì shè dà chuān : Il est favorable de traverser le grand fleuve : entreprendre une action importante.
- 君子貞 jūn zǐ zhēn : Constance ou rectitude de la personne accomplie.
L’Image 大象傳
Étude des caractères
- 天與火 tiān yǔ huǒ : Le Ciel et le Feu, présents ensemble.
- 類族 lèi zú : Rassembler ou considérer par catégories et groupes apparentés.
- 辨物 biàn wù : Distinguer et discerner les êtres et les choses.
Interprétation Saolim
L’union ne consiste pas à effacer toutes les différences. Pour bien s’accorder, il faut d’abord comprendre ce qui rapproche les personnes et ce qui les distingue.
Dans une école, une famille ou une communauté, chacun possède sa place, ses capacités et sa manière de penser. Le discernement permet de respecter ces différences sans rompre l’accord général.
Le feu éclaire sous le ciel : la lumière de la compréhension rend possible une concorde qui ne repose pas sur la confusion.
Neuf au commencement 初九
Étude des caractères
- 于門 yú mén : À la porte, sur le seuil, au lieu où l’on entre en relation.
- 無咎 wú jiù : Aucune faute, aucun blâme.
Interprétation Saolim
Reconnaître ses proches et chercher d’emblée ce que l’on partage avec les autres favorise l’entente. Il n’est pas nécessaire de rester enfermé dans sa propre maison pour découvrir ceux avec qui l’on possède des affinités.
La porte marque le commencement d’une relation : l’ouverture est possible, mais elle demande de la simplicité et de la discrétion.
Pour conserver des alliés, il faut aussi savoir être réservé. Dire tout ce que l’on pense sans discernement peut fragiliser les amitiés. Un certain retrait protège la qualité des liens.
Six à la deuxième place 六二
Étude des caractères
- 宗 zōng : Clan, parenté, groupe familial ou lignée.
- 吝 lìn : Regret, embarras, mesquinerie selon le contexte ; ne signifie pas ici simplement « pingre » au sens financier.
Interprétation Saolim
L’intérêt personnel et l’ambition risquent d’enfermer l’individu dans un cercle où l’accord devient toujours plus difficile.
S’unir seulement à ses proches ou à ceux qui nous ressemblent ferme la possibilité de rencontrer des personnes différentes. Une vraie communauté exige un horizon plus large que l’appartenance au clan.
L’ambition n’est pas mauvaise en elle-même. La vigueur entraîne à l’action et peut devenir un moyen de concentration, si elle est orientée vers un but juste et partagé.
Neuf à la troisième place 九三
Étude des caractères
- 伏戎 fú róng : Cacher des armes ou des soldats armés.
- 莽 mǎng : Herbes épaisses, broussailles.
- 高陵 gāo líng : Hauteur, colline élevée.
- 三歲不興 sān suì bù xīng : Pendant trois ans, ne pas se lever pour agir ; durée exprimant une longue immobilisation.
Interprétation Saolim
Quand les tensions et la méfiance dominent, l’homme peut s’isoler pour se retrouver et accomplir un travail sur lui-même.
Cette transition survient parfois lorsque trop d’informations, de désaccords ou de sollicitations nous assaillent. Prendre de la distance évite de transformer chaque divergence en affrontement.
Il faut cependant distinguer un retrait fécond de la peur qui nous empêche d’agir pendant trop longtemps.
Savoir trancher et se maintenir à l’écart de certaines relations peut permettre de retrouver la justesse. Mais il vaut mieux ne pas nourrir d’attentes excessives ni agir sur de simples suppositions.
Neuf à la quatrième place 九四
Étude des caractères
- 乘其墉 chéng qí yōng : Monter sur le mur ou le rempart de la cité.
- 弗克攻 fú kè gōng : Ne pas pouvoir mener l’assaut, ou renoncer à attaquer.
- 吉 jí : Présage favorable.
Interprétation Saolim
Relativiser les différends et s’accommoder de certaines limites est une manière sage de vivre en société.
L’observation et le recul permettent de ne pas s’engager émotionnellement dans tous les mouvements d’un groupe. Ce n’est pas parce que l’on pourrait lutter que l’on doit toujours attaquer.
La retenue devient un signe de maîtrise et protège la possibilité de vivre ensemble.
Le foyer familial est un premier lieu d’apprentissage de la vie sociale. On y apprend à reconnaître les responsabilités de chacun et à modérer ses réactions.
Neuf à la cinquième place 九五
Étude des caractères
- 先號咷 xiān háo táo : D’abord pleurer à grands cris, se lamenter.
- 而後笑 ér hòu xiào : Puis rire.
- 大師 dà shī : Grande armée, forces nombreuses ; ce n’est pas simplement « de grands maîtres ».
- 克 kè : Vaincre, triompher, parvenir à.
- 相遇 xiāng yù : Se rencontrer mutuellement.
Interprétation Saolim
Les meilleurs amis sont parfois ceux avec qui l’on s’est d’abord disputé ou même affronté.
Un conflit initial peut révéler la force du lien lorsque les personnes parviennent finalement à se reconnaître et à se retrouver. Mais cette réconciliation n’efface pas la nécessité de comprendre ce qui a provoqué le désaccord.
Le cœur et la sincérité rendent possible une rencontre qui dépasse les oppositions du commencement.
Le feu brûle celui qui s’en approche sans précaution, mais réchauffe celui qui sait s’en servir. Dans les rapports humains, l’éducation aide à percevoir le feu intérieur de l’autre et à s’en approcher sans se brûler.
Neuf en haut 上九
Étude des caractères
- 郊 jiāo : Territoire situé hors de la ville, faubourgs ou campagne proche.
- 無悔 wú huǐ : Aucun regret.
Interprétation Saolim
On choisit ses amis, mais rarement sa famille ou ses collègues. Dans la vie quotidienne, au travail comme dans les loisirs, il arrive de rencontrer des personnes avec lesquelles l’accord est difficile.
En prenant de la distance, on parvient parfois à accepter l’existence de ces différences sans chercher à les supprimer. L’entente n’oblige pas à être intimement lié à tout le monde.
Changer de regard et de position permet de s’adapter à des personnes ou à des situations qui semblaient peu accueillantes. Une transformation intérieure peut rendre possible une nouvelle manière de vivre ensemble.
Analyse selon les cinq éléments
Lecture énergétique Saolim, distincte du texte canonique. L’hexagramme Tóng Rén associe le Métal de Qián au Feu de Lí. La dureté du Métal est mise à l’épreuve par le Feu : la force extérieure rencontre une sensibilité intérieure.
Le cinquième trait, au centre du trigramme du Ciel, évoque une rencontre après le conflit. Dans une lecture martiale, la maîtrise du cœur accompagne celle des armes : le courage trouve son sens lorsqu’il permet l’accord et la protection.
Premier trait — Le Métal draine la Terre
La charrue peut faire son travail, mais sans le bœuf ni le paysan rien ne se passe. La coopération et l’échange restent nécessaires à la vie. Même dans la peine, il faut chercher comment accorder son violon avec celui des autres.
Deuxième trait — Le Métal de Qián
La voie du sabre peut enseigner la justice et la maîtrise de soi. Une ambition juste ne dépend pas seulement de la force mais de la direction donnée à cette force.
Troisième trait — Le Métal fend le Bois
Le renforcement et la consolidation sont nécessaires à la vie. Mais une puissance trop rigide peut diviser ce qui devrait être réuni : la fermeté demande du discernement.
Quatrième trait — Le Bois nourrit le Feu
Les affinités et le soutien mutuel protègent des difficultés. Une communauté véritable entretient l’énergie de chacun sans imposer des affrontements inutiles.
Cinquième trait — Le Feu de Lí
L’expression émotionnelle révèle une part de la personnalité. Le cœur véritable peut être reconnu dans la rencontre, lorsque l’on dépasse les apparences et les réactions premières.
Sixième trait — Le Métal exposé au Feu
Les êtres se rencontrent puis se quittent. Les relations se transforment et demandent parfois un changement de distance ou de position pour rester justes.
Relations entre les hexagrammes
Hexagramme nucléaire : H44 姤 — La Rencontre
La rencontre se trouve au cœur de la communauté. L’homme a besoin d’autrui pour évoluer, et la capacité à accueillir une relation nouvelle contribue à la continuité des liens qui rendent la vie possible.
Hexagramme opposé : H7 師 — L’Armée
H13 évoque une communauté capable de s’accorder, tandis que H7 met en scène une multitude structurée par le commandement. Cette opposition invite à distinguer la concorde librement recherchée de l’organisation hiérarchique.
Hexagramme retourné : H14 大有 — Le Grand Avoir
Le retournement des traits fait apparaître H14 : lorsque des êtres parviennent à s’unir et à agir ensemble, des ressources et des possibilités nouvelles peuvent se rassembler.
Hexagramme aux trigrammes inversés : H14 大有 — Le Grand Avoir
En échangeant le Ciel et le Feu, on obtient également H14. La concorde entre les hommes peut ainsi devenir une source d’abondance et de développement.
Synthèse philosophique
La Communauté avec les hommes enseigne que l’accord véritable ne repose pas sur une ressemblance parfaite. Il naît de la capacité à rencontrer les autres, à reconnaître leurs différences et à partager un but juste.
Les six traits décrivent les degrés de cette relation : l’ouverture au seuil, les limites du clan, la méfiance, la retenue devant le conflit, la réconciliation et enfin une forme de coexistence sans regret.
La puissance de l’homme ne se mesure donc pas seulement à ce qu’il peut imposer, mais aussi à ce qu’il sait partager. La fermeté de Qián et la clarté de Lí peuvent se compléter dans la conduite d’une communauté.
« S’accorder ne signifie pas devenir identiques, mais trouver une voie commune sans renoncer au discernement. »
L’union devient féconde lorsqu’elle ouvre un horizon plus vaste que les intérêts particuliers.
La succession des hexagrammes 序卦傳
Selon le Xù Guà Zhuàn, l’union favorise le rassemblement des ressources et des êtres. Après la Communauté, H14 大有 Dà Yǒu représente l’abondance qui peut naître de la concorde et de la coopération.
Interprétation Saolim
La concorde et l’union entre les hommes ne se limitent pas à ceux qui appartiennent au même cercle. La rencontre devient véritable lorsqu’elle permet d’accepter autrui sans demander qu’il soit identique à soi.
Une communauté peut donner l’élan nécessaire pour entreprendre un projet difficile, comme traverser un grand fleuve. L’accord des intentions ouvre des possibilités que l’on ne pourrait saisir seul.
Cependant, la simple appartenance à un groupe ne garantit pas la justesse. Il faut maintenir une conduite droite et reconnaître la valeur des autres sans perdre son jugement personnel.